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Expédition écologique
ÉTHIQUE

Plongée au cœur du commerce de pierres éthiques...

Rencontre avec Eric, négociant en pierres éthiques et fournisseur des saphirs roses Nyala de la capsule Talisman.


Vous avez commencé le négoce de pierres en 1976, et vous avez pris le tournant de l’éthique dans les années 2000... Est-ce qu’il y a eu un élément déclencheur?


Oui, tout à fait. C’est à Madagascar que tout a commencé… 

En 2002, j’ai pris quelques mois off pour participer à un projet soutenu par la Banque Mondiale, dont le thème était “Les pierres précieuses comme moyen de réduire la pauvreté”. J’étais là pour participer à des tables rondes afin de trouver des solutions pour que la production de pierres précieuses soit un vecteur de développement pour les communautés de mineurs. 

C’est de là qu’est née notre charte “Quality Assurance & Fair Trade Protocols”. Notre principe fondateur: avoir une transparence totale sur la provenance de toutes nos pierres. Cela nous permet d’être certains que les principes sociaux et environnementaux de notre charte sont respectés, mais aussi de raconter l’histoire des pierres, leurs origines, et ainsi de valoriser le travail et la culture de ces communautés. 

Je vais vous raconter deux anecdotes en particulier…

Quand vous travaillez pour la Banque Mondiale, vous êtes en costume tous les jours, ce qui est une hérésie dans un pays aussi chaud… A cette époque, il n’y avait en ville que deux hôtels proposant internet et dans lesquels je me sentais de séjourner. Un matin, je sors de l'hôtel, et pressé par la réunion qui m’attend je ne vois pas la flaque dans laquelle je mets le pied. Ma belle chaussure italienne est ruinée, et je suis très contrarié. Et là, je réalise qu’une seule de mes chaussures coûte plus que la moyenne annuelle du revenu par habitant. Une seule, pas la paire. 

A ce moment-là, j’ai pris conscience que mon travail ici avait un sens, qu’il fallait trouver une solution pour mieux répartir les bénéfices, et notamment auprès des mineurs. 

Seconde anecdote… Un soir, je reçois un appel de l’attaché commercial de l'ambassade des Etats-Unis à Madagascar, il me propose de nous rencontrer autour d’un verre pour discuter de ma mission auprès de la Banque Mondiale. Cette personne semble très bien renseignée sur mes activités et le programme auquel je participe. Ces questions sont étranges et je finis par lui dire: “Vous ne ressemblez pas trop à un attaché commercial, et vos questions sont bizarres...”. Il me dit qu’il travaille bien pour l’ambassade… mais aussi pour la CIA et le gouvernement américain qui soupçonnent le commerce de pierres précieuses de financer des activités terroristes et veulent donc tout savoir sur les rouages du milieu. Je lui réponds que je suis dans le métier depuis 25 ans, que oui, j’ai entendu des rumeurs, mais jamais rien vu... Il me demande si j’ai une traçabilité de mes pierres. Je réalise que je suis incapable de garantir quoique ce soit. Ce fut un électrochoc. Dès mon retour aux Etats-Unis, avec mes collaborateurs, nous avons travaillé d’arrache-pied sur notre charte éthique. A partir de ce moment- là, toutes nos décisions ont été basées sur ces principes.

Quand vous avez pris ce tournant de l’éthique, est-ce que c’était quelque chose de commun dans le milieu du négoce de pierres précieuses?


Pas du tout! Nous seulement ce n’était pas commun mais c'était très mal vu. A tel point qu’il y a eu des pressions pour me démettre de mes fonctions de président d’une Fédération de bijoutiers. Ça a été très brutal. Mais nous ne voulions pas revenir sur notre décision. Les douze années suivantes, nous nous demandions si nous allions pouvoir continuer car beaucoup de bijoutiers nous avaient tourné le dos, énervés par nos considérations éthiques. A l’époque, il n’y avait pas de smartphone, beaucoup moins de ventes online, de marques alternatives et si les bijoutiers traditionnels voulaient nier le problème, le consommateur n’avait vent de rien. Nos ventes ont beaucoup chuté, et ce n’est qu’en 2016 que ça a commencé à marcher. C’est vraiment grâce à internet, à des créateurs, des marques et des consommateurs engagés, qui proposent des alternatives, que nous avons pu défendre nos engagements. Attention, je ne dis pas que tous les joailliers traditionnels sont contre les pierres éthiques - Tiffany & Lebers sont des exemples en la matière - mais que la plupart y sont opposés. 

Ça fait seulement quatre ans que l’on voit l’idée s’implanter, et ceux-ci grâce à des designers indépendants, des jeunes marques, qui poussent le marché traditionnel à évoluer.

(Ndlr: chez Aglaïa & co on est super fiers de faire partie de cette “avant-garde” :))

Pourquoi on ne voit pas plus de gemmes fair-trade?


“Because that’s really freaking hard!” (Parce que c’est vraiment très difficile !) Et que la plupart des négociants en pierres ne sont pas capables de rédiger une charte et de s' y tenir. De plus, ça ferme la porte à des affaires très rentables, mais plus qu'opaques… J’ai fait ce choix.

Dernière question: actuellement la plupart des gemmes ne sont pas taillées sur place mais en Inde ou en Chine, est-ce qu’on ne pourrait pas tailler les pierres sur leurs lieux d’extraction?

C’est une question qui revient souvent… et la réponse serait plus longue que tout ce que je viens de vous raconter! Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a plus de tailleurs sur place qu’il y a 20 ans, mais que ça ne va pas se généraliser de sitôt! 

Nous concernant, nous étions la seconde entreprise de taille de gemmes à nous installer en Chine. Nous sommes très engagés dans la lutte contre la silicose (Ndlr: maladie respiratoire due à l’inhalation de poussières toxiques, cette maladie est un fléau chez les tailleurs de pierre mais également dans l'industrie textile). Notre partenaire sur place est un ancien médecin, et notre atelier respecte des normes de sécurité strictes et offre un environnement de travail sain et sûr.

Nos tailleurs sont très professionnels et nous travaillons en partenariat afin de garantir des normes exigeantes de sécurité et d'éthique. Travailler avec eux nous permet de fournir un produit de qualité à un prix abordable. Ça a pris 30 ans pour mettre en place ce partenariat… Et ça n’ira pas plus vite ailleurs. Je m’arrête ici car je pourrais écrire 10 pages à ce sujet!

Le mot de la fin?

Nous venons juste de finir un concours afin de lever des fonds pour trois projets qui nous tiennent à cœur. Nous faisons don des gemmes aux créateurs sélectionnés, les pièces sont ensuite vendues aux enchères et la totalité des fonds est reversée aux associations. 

Le premier projet “We Wield the Hammer” (“Nous Brandissons le Marteau”) est une formation technique en bijouterie à destination des femmes d’origine africaine. Le second projet, c’est le Centre de Formation et de Recherches de Kambat en Inde, qui se bat pour éliminer les risques de silicose auprès des tailleurs de pierres et finance une maison de soins palliatifs pour les personnes atteintes. Et enfin, “The Bonded Labour Liberation Front” (“Front de Libération du Travail Forcé”) qui milite contre le travail forcé des enfants et des adultes dans l’industrie de la taille.

Un grand merci à Eric d’avoir répondu à nos nombreuses questions et de nous faire découvrir cet univers fascinant.


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